Le choix de qui construit ton IA ne se joue pas dans la proposition de 40 pages. Il se joue dans une réunion d’une heure, dans la façon dont ils répondent à cinq questions gênantes. Un prestataire qui livre répond avec de la mécanique : des noms, des écrans, des clauses, des chiffres. Un qui fait du théâtre répond avec du marketing : "transformation", "écosystème", "tout est couvert". Voici le script de cette réunion. Pas besoin d’être technique : écoute seulement s’ils répondent avec du comment, ou avec à quel point ça sonne bien.
Si ce que tu cherches, c’est le critère de fond pour comparer les blocs du marché —Big Four, boutique, freelance— c’est dans les meilleurs cabinets IA : les critères, pas le classement. Ici, on ne compare pas les prestataires : on te donne les questions concrètes et comment lire la réponse en direct.
Quoi demander à un cabinet IA avant de signer
Cinq questions. Chacune est conçue pour que la réponse t’en dise plus que n’importe quel cas client en PDF. Ce ne sont pas des questions pièges : ce sont celles auxquelles un prestataire qui livre répond sans transpirer, et celles qu’un vendeur de fumée essaie d’esquiver avec une phrase de brochure. Pose-les en face et chronomètre le temps qu’il met à changer de sujet.
1. Qui, parmi les présents aujourd’hui, va construire le système ?
Le schéma classique du secteur : l’associé qui te séduit à la vente disparaît à la signature, et le travail est hérité par une équipe junior sans supervision pendant que le senior vend le projet suivant. Tu paies un tarif senior et tu reçois une exécution de stagiaire.
2. Tu me montres un de tes systèmes en production, maintenant, en direct ?
Deux métiers se cachent derrière le même nom. L’un vend du diagnostic —il te dit quoi automatiser et disparaît avant de toucher un clavier— et l’autre construit le système et te le laisse en marche. Ils facturent à peu près pareil ; un seul est vérifiable. Le test décisif, c’est de demander à voir du travail livré, pas des slides : un flux réel avec ses logs et sa métrique hebdomadaire. Si tu veux le même test côté client, le guide sur les processus à automatiser avec l’IA le dit clairement : un système en production a un chiffre qui bouge chaque semaine ; un diagnostic n’a qu’une jolie recommandation.
3. Où finissent mes données et quels prestataires y touchent ?
Demande où sont traitées tes données, quels sous-traitants interviennent, si quelque chose quitte ton espace et ce qui reste chez les fournisseurs de modèle. C’est la question qui sépare celui qui a déployé de l’IA pour de vrai de celui qui a fait une démo. Si tu vas mettre des données clients dans un modèle, confronte la réponse à ce qu’implique vraiment utiliser ChatGPT en entreprise sans fuites de données : permissions minimales, contrats qui excluent l’entraînement sur tes données, et traçabilité de chaque action.
4. Y a-t-il un SLA et combien coûte la maintenance une fois en marche ?
C’est la question que presque personne ne pose et celle qu’il fait le plus mal d’omettre. Un système d’IA n’est pas un livrable qu’on signe et qu’on oublie : les modèles changent, les intégrations cassent, les cas rares apparaissent au mois trois. Si personne ne t’a parlé de ce qui se passe après "livré", on te vend le soir de la première, pas la saison. Demande le contrat de niveau de service, le délai de réponse en cas de panne et le coût mensuel pour le maintenir en vie, et exige-le par écrit avant de signer.
5. Vais-je dépendre de vous pour toujours, ou laissez-vous mon équipe capable de l’opérer ?
Le modèle économique de bien des cabinets, c’est la dépendance : moins tu comprends ce qu’ils ont construit, plus tu as besoin d’eux. Un prestataire qui a confiance en son travail fait l’inverse : il documente, forme tes gens et te remet les clés. Non parce qu’il croule sous les clients, mais parce que sa prochaine mission vient de sa réputation, pas d’une prise d’otage technique. Demande si le système est documenté, si ton équipe reçoit une formation pour l’opérer et ce qui se passe le jour où tu décides de continuer sans eux.
Le script en un tableau
Emporte ça en réunion. Cinq questions, et à chacune tu écoutes s’ils répondent avec de la mécanique ou avec du marketing :
| La question | La réponse que tu veux | Le signal de fumée |
|---|---|---|
| Qui construit le système ? | Un nom dans la salle qui montre son travail | "Une équipe affectée selon les disponibilités" |
| Tu me le montres en production ? | Partage un écran avec quelque chose à eux qui mesure aujourd’hui | Un cas client en PDF, rien en direct |
| Où finissent mes données ? | Fournisseurs, régions et clauses concrètes | "Tout est couvert par le RGPD" |
| SLA et maintenance ? | Accord écrit et coût prévisible | "Une fois livré, c’est à vous" |
| Vais-je dépendre de vous ? | Documentation, formation et clés | Architecture opaque, zéro transfert |
Aucune de ces questions n’exige que tu t’y connaisses en technique. Elles exigent que tu écoutes. Le prestataire qui livre répond aux cinq sans se crisper, parce qu’il vit du fait que son travail tourne ; celui qui fait du théâtre les esquive, parce qu’il vit du fait que tu ne regardes pas de trop près. Si tu cherches quelqu’un qui réponde aux cinq d’affilée, c’est comme ça qu’on travaille en automatisation des opérations : celui qui te vend est celui qui construit, ça se montre en production, et ça se mesure chaque semaine.